16/06/06 Mobilisation à Grenoble contre l'ouverture de Minatec!

Publié le par Cilou

 Minatec : "mieux vaut une bonne fermeture qu'une mauvaise inauguration"

 

Samedi 3 et dimanche 4 juin : Près de 15000 tracts étaient diffusés en ville sur l'opposition à Minatec et la répression des deux derniers jours.
Vendredi 2 à Grenoble, le CEA et l'INPG appuyés par l'Etat et toutes les collectivités publiques inauguraient Minatec, le premier pôle européen de recherche publique en nanotechnologies... dans la peur de la contestation. Déjà Chirac et de Villepin avaient renoncé à se déplacer, et la date de l'inauguration avait été repoussée. Vendredi un quadrillage quasi-militaire de la ville protégeait les "festivités" de tout événement imprévu. Le matin même sur le campus, le campement d'opposant-e-s à Minatec était expulsé, tandis que la Bifurk, lieu mis à la disposition des opposant-e-s pour des débats, était entièrement encerclée par les forces de l'ordre. En centre-ville, la police était omniprésente, empêchant tout rassemblement, procédant à des contrôles d'identité, des intimidations, des arrestations, des perquisitions... Pendant ce temps, le quartier autour de Minatec était bouclé et un déploiement de banderole échouait.


Jeudi 1er, une manifestation de 1000 personnes avait été appelée par l'Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies et d'autres organisations, dont le réseau Sortir du nucléaire. Partie du centre-ville, elle fut stoppée avant la gare et violemment réprimée (au moins un manifestant tabassé, une autre blessée au visage). Le soir même une action de représailles ciblait un commissariat.
Des témoignages de la manif : 1 | 2. Des photos et des enregistrements audio : 1 | 2.
Les jours précédents, actions (1 | 2), débats et rencontres s'étaient succédés contre Minatec et son monde : des centaines de personnes s'étaient déplacées d'autres régions et d'autres pays, et toute une autogestion du quotidien était mise en place, notamment quant aux repas.

 



Même les élus municipaux le disent : "Grenoble est connu internationalement pour (...) ses développements en matière de chimie à haut risque, de dispositifs biométriques militaires et sécuritaires" (un vice-président de la Métro, conseiller municipal de Grenoble, Le Métroscope, février 2006).
Même les ministres le disent : "Notre intérêt pour Minatec illustre, lui aussi, l’engagement croissant de la Défense dans la recherche et l’innovation" (Michelle Aliot-Marie en visite à Minatec, 24/03/06).

Symbole parfait de la recherche asservie à l'industrie et à l'Armée, de la fuite en avant économique et technologique et des décisions publiques prises dans le secret, Minatec est contesté depuis des années par des grenoblois-es (voir le récit de l'occupation d'une grue en décembre 2004, ou le site de Pièces et Mains d'Oeuvre). Quelques raisons de s'opposer à Minatec, et ce que cette inauguration a d'historique.

 

 

 

 

 

 

 

http://grenoble.indymedia.org/

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Samedi 3 et dimanche 4 juin : de grandes diffusions de tracts ont lieu en centre-ville et sur les marchés, pour informer la population des raisons de contester Minatec et de la répression des deux derniers jours. La parole est dans la rue...

Vendredi 2 à Grenoble, le CEA et l'INPG appuyés par l'Etat et toutes les collectivités publiques inauguraient Minatec, le premier pôle européen de recherche publique en nanotechnologies... dans la peur de la contestation. Déjà Chirac et de Villepin avaient renoncé à se déplacer, et la date de l'inauguration avait été repoussée. Vendredi un quadrillage quasi-militaire de la ville protégeait les "festivités" de tout événement imprévu. Le matin même sur le campus, le campement d'opposant-e-s à Minatec a été expulsé. La Bifurk, lieu mis à la disposition des opposant-e-s pour des débats, a été entièrement encerclée par les forces de l'ordre. La place principale du centre-ville a été longuement occupée par la police, qui contrôlait systématiquement tout petit groupe de personnes assimilables à des manifestant-e-s. Des véhicules de la BAC ont foncé sur une trentaine d'individus discutant dans un jardin public, pour disperser "l'attroupement". Au moins 4 personnes ont été placées en garde-à-vue ; un domicile a été perquisitionné. Le quartier autour de Minatec, véritable zone rouge, a été bouclé : les habitant-e-s devaient justifier de leur domicile pour passer. Pendant ce temps, un déploiement de banderole devant Minatec échouait...

Jeudi 1er, une manifestation de 1000 personnes (1 | 2 | sons) avait été appelée par l'Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies et d'autres organisations, dont le réseau Sortir du nucléaire. Partie du centre-ville, elle a été stoppée avant la gare et violemment réprimée (au moins un manifestant tabassé, une autre blessée au visage). Le soir même une action de représailles a ciblé un commissariat.

Les jours précédents, actions (1 | 2), débats et rencontres se sont succédés contre Minatec et son monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

Même les élus municipaux le disent : "Grenoble est connu internationalement pour (...) ses développements en matière de chimie à haut risque, de dispositifs biométriques militaires et sécuritaires" (un vice-président de la Métro, conseiller municipal de Grenoble, Le Métroscope, février 2006).

Même les ministres le disent : "Notre intérêt pour Minatec illustre, lui aussi, l’engagement croissant de la Défense dans la recherche et l’innovation" (Michelle Aliot-Marie en visite à Minatec, 24/03/06).

 

 

 

 

 

 

 

 

Symbole parfait de la recherche asservie à l'industrie et à l'Armée, de la fuite en avant économique et technologique et des décisions publiques prises dans le secret, Minatec est contesté depuis des années par des grenoblois-es (voir le récit de l'occupation d'une grue en décembre 2004, ou le site de Pièces et Mains d'Oeuvre). Quelques raisons de s'opposer à Minatec, et ce que cette inauguration a d'historique.

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Les argumentocs des nécrotechnologies

Argumentoc n°1 : "Vous rejetez la science, vous êtes obscurantistes !"

Argumentoc n°2 : "Vous critiquez le Progrès ? Pourtant, l'espérance de vie ne fait qu'augmenter !"

Argumentoc n°3 : "Tout progrès technique a des effets secondaires. Mais l'humanité invente toujours des solutions techniques pour y remédier."

Argumentoc n°4 : "Les technologies sont neutres. Elles ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi. Tout dépend de comment on les utilise."

Argumentoc n°5 : "De toute façon, si ce n'est pas nous qui développons les OGM ou les nanotechnologies, d'autres le feront."

Argumentoc n°6 : "Vous critiquez la techno-science, mais vous utilisez des ordinateurs et internet."

Argumentoc n°7 : "Vous êtes contre le Progrès, donc contre le développement économique, donc contre l'emploi !"

Argumentoc n°8 : « Le succès des gadgets nanotechs est la preuve que c'est ce que les gens désirent. »

Argumentoc n°9 : "Vous ne respectez pas les décisions des élus. Vous êtes anti-démocratiques."

Argumentoc n°10 : "De toute façon, on ne peut rien faire."

Conclusion : grandeur et misère des argumentocs.

 

 

 

 

En cette période de lutte contre les nécrotechnologies, il nous a semblé intéressant de confronter ces lieux communs à l'épreuve de notre argumentation.

Ainsi, tous les 3 jours, les renseignements généreux se proposent de publier sur Indymedia Grenoble un lieu commun souvent entendu et une proposition de réponse. Nous appellerons ce mini-feuilleton du printemps "Les argumentocs".

http://grenoble.indymedia.org

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Argumentoc n°10 : "De toute façon, on ne peut rien faire."écrit le 31/05/06 à 11:19:16 par Les renseignements généreuxLES ARGUMENTOCS<br /> *****Mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux se proposent de répondre à quelques lieux communs de la Croissance et du Progrès technique.<br /> *****LIEU COMMUN N°10*****<br /> « De toute façon, on ne peut rien faire. »<br /> Variante : « On n'arrête pas le progrès. »<br /> *****PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> « On ne peut rien faire contre la puissance de l'Industrie, de l'Armée et du Pouvoir politique. »<br /> Nous entendons souvent ce type de raisonnement. Le monde est devenu si complexe qu'il faudrait se résigner à n'être que de simples rouages de la société, de simples cellules d'un organisme gigantesque. Il nous faudrait accepter une société scindée en deux : d'un côté, une "élite" qui prend les grandes décisions ; de l'autre, une masse de gens rivés à des tâches secondaires, ne conservant un contrôle partiel que de leur quotidien : travail, famille, maison, hobbies, etc.<br /> Il nous faudrait nous résigner à accepter la liberté qui nous est consentie, celle de choisir la couleur de notre voiture, de consommer le salaire que nous verse l'État ou l'Industrie en échange de notre force de travail.<br /> Ce serait la fin de l'histoire, il n'y aurait pas d'alternatives. Il faudrait accepter la société telle qu'elle est et se repaître des multiples loisirs qu'elle met à notre disposition. Il faudrait enfin considérer comme des effets certes regrettables mais inévitables les désastres où nous conduisent la société industrielle : la vache folle, l'amiante, les pesticides, AZF, Tchernobyl, Seveso, Bhopal, marées noires, couche d'ozone, etc.<br /> Ce discours de résignation et de dépolitisation est renforcé par les médias dominants, dont la quasi-totalité sont aux mains d'industriels[1]. L'opposition et les alternatives y sont rarement présentées sous un jour favorable. Les critiques sociales sont minimisées, marginalisées ou passées sous silence.[2]<br /> Nous refusons la tristesse et la soumission du fatalisme ambiant.<br /> Bien sûr, nous ne pouvons pas transformer la réalité sociale par un coup de baguette magique. Mais nous avons chacun de nous le pouvoir, au niveau individuel et collectif, d'infléchir le cours des choses, de s'opposer à ce qui nous semble injuste, de propager une vision différente de la société, basée sur la coopération, l'égalité politique, l'écologie, le refus des dominations.<br /> De multiples initiatives existent déjà, elles ne demandent qu'à être soutenues et développées. Citons la CRIIRAD sur les luttes antinucléaires (www.criirad.org), les faucheurs volontaires contre les OGM (www.monde-solidaire.org), le réseau ROCADE contre l'idéologie du développement (www.apres-developpement.org), le réseau décroissance (www.decroissance.info), les mouvements de lutte contre la publicité[3], etc.<br /> A Grenoble, pour lutter contre MINATEC et son projet de société, un CDD (Collectif à Durée Déterminée) a été créé : l'Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies (http://ogn.ouvaton.org). Réunissant des dizaines d'individu-e-s de divers horizons, ce collectif a montré qu'une action commune aboutit, avec peu de moyens financiers, à des résultats non négligeables : une cinquantaine de réunions publiques dans toute la France (plus de 2000 personnes y ont participé), de nombreux articles dans la presse dominante et alternative, des actions diverses dont une manifestation le 1er juin à Grenoble.<br /> A nous de rejoindre ces collectifs ou d'en créer d'autres, de diffuser ou d'écrire des textes, de tracter, d'afficher, d'expérimenter des luttes politiques, de développer des lieux alternatifs, de parler à nos voisins, de soutenir les médias indépendants (CQFD, S!lence, Indymedia, etc.), de tisser des relations de lutte et d'amitié. Faisons vivre nos rêves. Transformons ce monde avant qu'il ne soit trop tard.<br /> *****<br /> " Vous en savez déjà suffisamment. Moi aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c'est le courage de comprendre ce que nous savons et d'en tirer les conséquences." <br /> Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le serpent à plumes, 1998<br /> ******Post scriptum : l'enquête critique<br /> " Les idées sont décisives. Les idées ont des ailes et des conséquences. Une idée qui vole de cervelle en cervelle devient une force d’action irrésistible et transforme la réalité. C’est d’abord une bataille d’idées que nous, sans-pouvoir, livrons au pouvoir, aussi devons-nous être d’abord des producteurs d’idées. [...] Pour produire des idées, pièces et main d'oeuvre s’appuie d’abord sur l’enquête, aliment et condition première, quoique insuffisante, à toute opposition. Il est trop paresseux de se contenter de condamnations de principe théoriques, altière et intemporelle [...] du monde tel qu’il va. Et braire une fois de plus « A bas l’Etat », ou « A bas la société industrielle », ne rapproche pas leur chute d’un instant. Il faut rentrer dans la réalité concrète, factuelle et fastidieuse [...] de la machine pour saisir et troubler, si peu que ce soit, son fonctionnement. [...]<br /> Sans doute ne peut-on pas tout savoir, mais on peut savoir beaucoup, en ratissant et triant la communication dont on nous inonde. Les Russes de l’époque soviétique décryptaient de même la langue de bois pour y lire l’état réel des affaires. La veille technologique trouve la plupart de ses informations dans des publications accessibles au tout-venant, y compris le quotidien local. Il n’est pas défendu non plus de parler à ses voisins, le personnel et les habitants de la technopole. Cela ne requiert nulle spécialisation professionnelle, scientifique ou politique, mais du simple bon sens. Un effort minimal à la portée de chacun."<br /> Extrait de Pour l'enquête critique, Pièces et main d'oeuvre, 2005<br /> ******<br /> Les renseignements généreuxhttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> *****NOTES<br /> [1] cf. Sur la concentration dans les médias, Observatoire français des médias, Liris, 2005.<br /> [2] cf. Almanach critique des médias, ouvrage collectif, Les arènes, 2005.<br /> [3] Vous trouverez sur le site des renseignements généreux des liens vers de nombreuses initiatives politiques.<br />  <br /> Fin du feuilleton : Grandeur et misère des argumentocsécrit le 01/06/06 à 22:43:53 par Les renseignements généreuxCet article a été accepté par 2 modérateureuses.LES ARGUMENTOCS<br /> *****Fin du mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux ont tenté de répondre à dix lieux communs de la Croissance et du Progrès technique. <br /> Formidable ! Nous voilà munis de quelques arguments imparables !<br /> Illusion... Dans la plupart des cas, les lieux communs n'attendent pas de contre-argumentation, pas de réponse. Ces petites phrases sont avant tout des mécanismes de défense. Des cailloux lancés à la figure de la critique. Une manière de dire « Taisez-vous, vous avez forcément tort, nous ne voulons même pas nous pencher sur vos arguments. » <br /> Généralement pauvres sur le plan argumentaire, les lieux communs ont l'avantage du nombre. Lancés à la cantonade dans une assemblée peu au fait des nuisances industrielles, ils possèdent un fort pouvoir de ralliement, car la majorité de la population les considère comme des évidences. Ils font partie du "sens commun", ce qui va de soi sans être mis en question. D'un point de vue sociologique, les lieux communs sont des justifications qu'une société choisit pour rendre ses actions acceptables. Une manière de taire la critique et de se rassurer.<br /> Car pour un individu, remettre en question "ses" lieux communs, c'est risquer de remettre en question ses valeurs, son éducation, sa manière de percevoir le monde, donc sa vie, son travail, sa position sociale, ce pour quoi il a vécu jusqu'ici. Or la psychologie sociale et sa théorie de la "dissonance cognitive" décrivent combien peu d'individus sont prêts à assumer les conséquences d'un bouleversement de leur vision du monde.[1]<br /> Les apologistes du Progrès technique et de la Croissance économique peuvent donc se rassurer : la volonté de ne pas raisonner et de ne pas savoir continuera de bien se porter, en particulier chez les travailleurs de l'industrie et des laboratoires high tech.<br /> A nous d'agir pour inverser la tendance !<br /> *****Post scriptum 1<br /> "Et ne voit-on pas, trop aisément, que ces slogans expriment une société bourgeoise triomphante, le bourgeois sûr de la pérennité de sa fortune autant que de sa morale, l'écrasement de la réalité par la sagesse anonyme de la bonne conscience, la construction d'un monde dont les valeurs ne sont pas mises en question ? [...] Le lieu commun est vraiment commun parce qu'il ne supporte aucune discussion de base. Il sert à tous comme pierre de touche, comme instrument de reconnaissance." <br /> Jacques Ellul, Exégèse des nouveaux lieux communs, la Table Ronde, 2004 (1966)<br /> ******Post scriptum 2<br /> L'argumentation développée dans ce feuilleton est surtout utile pour les discussions calmes, réfléchies, avec un niveau d'écoute élevé. Ces conditions sont difficiles à réunir lors d'un débat public, d'une manifestation ou d'un repas de famille...<br /> Dans ce type de situations, que faire, concrètement, quand une personne vous balance un lieu commun dans les gencives ? <br /> L'une des solutions consiste à répondre soi-même par une petite phrase qui sème le doute, une courte expression -éventuellement provocatrice- qui interpelle l'auditoire et sur laquelle il sera ensuite possible de prendre appui pour développer une argumentation complète.<br /> Voici quelques propositions... Envoyez-nous vos idées pour compléter ou améliorer cette liste !<br /> 1/ Vous rejetez toute science, tout progrès, toute technologie : vous êtes obscurantistes.>>> Nous sommes pour le progrès social.<br /> 2/ Vous critiquez le progrès technique ? Mais, quand même, l'espérance de vie ne fait qu'augmenter !>>> Vivre plus signifie-t-il vivre mieux ?<br /> 3/ Tout progrès technique a des effets secondaires. Mais pour les compenser, l'humanité a toujours inventé de nouvelles solutions techniques.>>> Le Progrès Technique serait-il votre Religion ?<br /> 4/ Les technologies sont neutres. Elles ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi. Tout dépend de comment on les utilise.>>> Les technologies ne sont pas neutres, elles reflètent des projets de société.<br /> 5/ Vous critiquez la techno-science mais vous utilisez des ordinateurs et internet.>>> Vous voulez nous rendre muets ?<br /> 6/ De toute façon, si ce n'est pas nous qui développons les OGM ou les nanotechnologies, d'autres le feront.>>> De toute façon, si ce n'est pas nous qui pêchons le dernier poisson des océans, ce seront les autres, n'est-ce pas ?<br /> 7/ Les gens sont libres de décider par eux-mêmes. Le succès des gadgets technologiques est la preuve que c'est ce que les gens désirent.>>> La liberté est le plus efficace des mensonges publicitaires.<br /> 8/ Vous ne respectez pas les décisions des élus. Vous êtes anti-démocratiques.>>> Nous ne respectons pas les décisions des technocrates. Nous sommes contre la technocratie.<br /> 9/ Vous êtes contre le Progrès technique, donc contre le développement économique, donc contre l'emploi.>>> Nos vies sont plus importantes que nos emplois.<br /> 10/ De toute façon, on ne peut rien faire.>>> Nous avons quelques solutions...<br /> *****NOTES<br /> [1] cf. Traité de la servitude libérale, Jean-Léon Beauvois, Dunod, 1994 ; L'échec d'une prophétie, Festinger, Schachter et Riecken, PUF, 1993 ; Insoumission à l'autorité, Stanley Milgram, Calmann-Lévy, 1974.<br /> Les argumentocs : mini-feuilleton du printempsécrit le 10/05/06 à 14:46:35 par Les renseignements généreuxCet article a été accepté par 2 modérateureuses.« Vous rejetez toute science, tout progrès, toute technologie : vous êtes obscurantistes ! »« Vous voulez retourner à l'âge de pierre ? »« De toute façon, si ce n'est pas nous qui développons les OGM ou les nanotechnologies, d'autres le feront. »...<br /> ***<br /> A Grenoble comme ailleurs, il n'est pas rare d'entendre ce genre de petite phrase péremptoire lorsque nous critiquons les orientations actuelles de la recherche scientifique ou le fonctionnement de la société industrielle. <br /> Ces petites phrases, nous les appelons des lieux communs parce qu'elles reflètent les pensées d'une grande partie de la population.<br /> En cette période de lutte contre les nécrotechnologies, il nous a semblé intéressant de confronter ces lieux communs à l'épreuve de notre argumentation.<br /> Ainsi, tous les 3 jours, les renseignements généreux se proposent de publier sur Indymedia Grenoble un lieu commun souvent entendu et une proposition de réponse. Nous appellerons ce mini-feuilleton du printemps "Les argumentocs".<br /> Nos réponses seront forcément incomplètes et ne feront pas l'unanimité. D'autres raisonnements sont possibles ou mieux adaptés à certaines situations. Néanmoins, nous espérons que les éléments de réponse proposés permettront à chacun d'examiner des arguments, d'en imaginer d'autres, et de nous proposer des améliorations.<br /> A bientôt pour le premier lieu commun...<br /> Les renseignements généreuxrengen@no-log.orghttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> ******<br /> Les « lieux communs », qui jouent un rôle énorme dans la conversation quotidienne, ont cette vertu que tout le monde peut les recevoir et les recevoir instantanément : par leur banalité, ils sont communs à l’émetteur et au récepteur. A l’opposé, la pensée est, par définition, subversive : elle doit commencer par démonter les « idées reçues » et elle doit ensuite démontrer. Quand Descartes parle de démonstration, il parle de longues chaînes de raisons. Ça prend du temps, il faut dérouler une série de propositions enchaînées par des « donc », « en conséquence », « cela dit », « étant entendu que »...<br /> Pierre BOURDIEU, Sur la télévision, Raisons d’agir, 1996, p. 30-31
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Argumentoc n°9 : "Vous ne respectez pas les décisions des élus. Vous êtes anti-démocratiques."écrit le 28/05/06 à 11:46:12 par Les renseignements généreuxCet article a été accepté par 2 modérateureuses.LES ARGUMENTOCS<br /> *****Mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux se proposent de répondre à quelques lieux communs de la Croissance et du Progrès technique.<br /> *****LIEU COMMUN N°9*****<br /> « Vous ne respectez pas les décisions des élus. Vous êtes anti-démocratiques. »<br /> Variante : « Vous n'êtes qu'une minorité d'opposant-e-s, or vous voulez imposer vos visions du monde à la majorité. »<br /> *****PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> Démocratie. Nom féminin du grec demos (le peuple) et kratos (le pouvoir). Doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens.<br /> Définition du dictionnaire<br /> ***<br /> Le mot Démocratie éveille en chacun de nous des connotations positives. Qui oserait se prétendre « contre la démocratie » ? D’ailleurs, "bonne nouvelle" : la France est une démocratie, plus précisément une démocratie représentative. Telle est la réalité enseignée par les professeurs d’éducation civique dans les écoles, tels sont les sous-entendus ou les affirmations de la plupart des médias, tel est l'idéal auquel se réfère la quasi-totalité des politiciens.<br /> Examinons plutôt la réalité.<br /> Cultures OGM en plein champ, construction des centrales nucléaires, développement des nanotechnologies... Ces décisions ont-elles été débattues ? Pas même un débat à l'Assemblée Nationale. La population a-t-elle été informée des nuisances sociales, écologiques ou sanitaires de ces nouvelles technologies ? Nullement. Les implications militaires ont-elles été explicitées ? Secret-défense.<br /> Absence d'information, absence de débat, absence de transparence : la ruée vers les high tech se fait au mépris de la démocratie. Les décisions sont le fait d’un cercle restreint réunissant scientifiques, industriels et élus politiques, dont les membres -élus écologistes y compris- mélangent généralement dans leurs parcours les différentes casquettes.<br /> A Grenoble, la décision de construire MINATEC s'inscrit dans cette logique. Ce projet a été imaginé par Jean Therme, le directeur du CEA-Grenoble. Les élus locaux, Michel Destot en tête (ancien ingénieur du CEA-Grenoble), se sont aussitôt lancés dans l'aventure. Initié en 1998, rendu public en 2000, MINATEC n'a fait l'objet d'aucun débat public, d'aucune évaluation de ses conséquences écologiques et sanitaires. Près de 75% des 190 millions d'euros d'investissement sont des fonds publics. Le maître d'ouvrage est le Conseil Général de l'Isère. Mais les bénéficiaires sont avant tout l'Armée et l'industrie.<br /> A la signature du projet, Michel Destot pouvait se féliciter de « ce que nous avons commencé à imaginer il y a quelques années avec Jean Therme et Geneviève Fioraso [adjointe du maire en charge de l'innovation], ait si rapidement trouvé sa traduction concrète. »[1] Un an plus tôt, le Directeur du CEA-Grenoble se félicitait de l'étendue de son influence : « Tous les élus nous aident et nous relaient à Paris. »[2] Il faut dire qu'à Grenoble, « les élus ont été vaccinés à la high-tech. Cela permet d’avancer plus vite et d’éviter de se poser des questions métaphysiques »[3], nous explique François Brottes, député PS du Grésivaudan, maire de Crolles. Malgré ces évidences, Jean Therme ose déclarer : « Je ne suis pas un homme de pouvoir. »[4]<br /> Les décisions prises, il s'agit ensuite de les faire accepter par des campagnes de communication, des plaquettes publicitaires ou des "fêtes de la science" qui toutes éludent les questions essentielles : le transfert d'argent public vers le privé, les liens recherche-armée-industrie, l'opacité des décisions, les nuisances écologiques ou sanitaires, etc. Et pour cause : si la population était réellement informée de ce qui se trame en son nom et avec son argent, elle marquerait vraisemblablement sa désapprobation.[5]<br /> Pour prévenir toute contestation et éviter le "scénario OGM"[6], les autorités ont de plus en plus recours aux “forums citoyens”, aux “comités d'éthique”, aux “conférences citoyennes” et autres dispositifs d'acceptabilité.<br /> Le principe de ces pseudo-débats ? Donner à la population l'illusion qu'elle participe pour mieux l'éloigner des centres de décision. Ces procédés sont accompagnés d'un recours constant aux mots de Démocratie, d'Ethique, de Transparence, etc. Relisons 1984 d'Orwell : la première étape pour aliéner une population consiste à lui faire croire qu'elle est libre. <br /> Cette politique du fait accompli ne caractérise pas seulement la course aux nouvelles technologies. Elle rejoint d'autres réalités de notre actuel système politique : des taux d'abstention aux élections très élevés, la présence d'une "caste" de décideurs politiques se renouvelant peu, une désaffection de la population vis-à-vis du militantisme politique et syndical, une litanie de corruption et de criminalité politique, une concentration sans précédent des médias dans les mains d'entreprises privées, ou encore la monstruosité de la politique française en Afrique.[7]<br /> Selon nous, le système de démocratie représentative favorise ces actes de corruption, le mensonge d'État, la tyrannie des groupes privés, l'apathie politique de la population ou encore l'élitisme des représentants. Une fois élus, nos représentants prennent des décisions sans consulter la population. Leur mandat est quasiment irrévocable. Le contrôle des représentants est très faible. L'indépendance de la Justice est une illusion. Pour ces raisons et bien d'autre, il nous semble qu'une profonde transformation des institutions politiques est nécessaire.[8]<br /> ******<br /> A bientôt pour le prochain lieu commun...<br /> Les renseignements généreuxhttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> *****NOTES<br /> [1] Le Dauphiné Libéré, 18/01/2002<br /> [2] Le Monde, 25-26/02/01<br /> [3] Le Monde, 17/04/02<br /> [4] L'essentiel de Grenoble et de l'Isère, 03/01/01<br /> [5] Notons que selon un sondage BVA/ Agir pour l’Environnement de février 2006, 78% des Français souhaitent interdire temporairement les OGM afin d’évaluer précisément leurs impacts sanitaires et environnementaux. Selon un sondage IFOP de septembre 2005, 54% des français son favorables à l’arrêt progressif du programme nucléaire civil en France.<br /> [6] Fondé en 2003, le mouvement des faucheurs volontaires regroupe 5000 membres. Il encourage la désobéissance civile par la destruction des parcelles OGM. Il dénonce le soutien de l'État aux sociétés biotechnologiques, le mépris de la démocratie, le mépris du principe de précaution, la dissémination incontrôlée des OGM. En savoir plus : www.monde-solidaire.org<br /> [7] Sur tous ces sujets, cf. brochures De la Françafrique à la Mafiafrique, Que devient l'aide au développement ?, Les conséquences nucléaires, Comment blanchir l'argent sale ? (Les renseignements généreux).<br /> [8] Pour quelques propositions en ce sens , cf. brochure Sommes-nous en démocratie ?, les renseignements généreux.
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C
Argumentoc n°8 : « Le succès des gadgets nanotechs est la preuve que c'est ce que les gens désirent. »écrit le 26/05/06 à 23:50:36 par Les renseignements généreuxCet article a été accepté par 2 modérateureuses.LES ARGUMENTOCS<br /> *****Mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux se proposent de répondre à quelques "lieux communs de la Croissance et du Progrès technique".<br /> *****LIEU COMMUN N°8*****<br /> « Les gens sont libres de décider par eux-mêmes. Le succès des gadgets technologiques est la preuve que c'est ce que les gens désirent. »<br /> *****PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> A la télé, à la radio, dans les journaux, sur internet, dans nos boîtes aux lettres, sur les murs des villes, le long des routes... Chaque jour, nous sommes soumis à plusieurs milliers de messages publicitaires.<br /> Un des thèmes récurrents ? L'apologie du high tech. Pas un jour sans qu'un nouveau portable "encore plus multimédia" soit brandi aux côtés d'une nouvelle voiture "encore plus performante" ou d'un nouvel ordinateur "encore plus plat".<br /> Cet enthousiasme publicitaire s’inscrit dans une logique économique. La croissance de la consommation est indispensable pour entretenir celle des profits. Les industries capitalistes s'écroulent si le public n’achète pas un maximum d’ordinateurs, de lecteurs MP3, de fours à micro-ondes, de DVD, etc.<br /> Imaginons la crise économique si les "progrès" techniques ne trouvaient aucun acheteur ! « C’est tout le système industriel qui serait remis en question. Il faut donc "progresser", d'où le chantage du retard technologique, sans cesse cultivé par les médias. Sa finalité est généralement occultée (fondamentalement, pourquoi s’équiper en micro-informatique ?). Pour "être de son époque", il faut consommer les produits du progrès. »[1] <br /> A l'inverse, supprimons la publicité... La population serait-elle aussi friande de gagdets ? Avons-nous vraiment besoin de téléphones portables high tech ? De stylos multimédias ? De lunettes auto-nettoyantes ? De tissus imperméables aux tâches ? De tee shirts ou de frigos "communicants" ?<br /> L'industrie ne peut produire toujours plus de gadgets sans produire en même temps les besoins qui permettent de les écouler. Car la course à la croissance passe par l'augmentation de la consommation, elle-même liée à la création de nouveaux besoins.<br /> Tel est précisément le but de la recherche scientifique actuelle et des publicitaires. D'un côté, la recherche scientifique, qu'elle soit publique ou privée, alimente l'industrie en innovations. De l'autre, les publicitaires inoculent de nouveaux besoins à la population. Quant au travailleur-consommateur, le voilà forcé de travailler pour participer à une production croissante de marchandises, et durant son temps libre, d'en assurer l'écoulement.<br /> Cette incitation permanente à la consommation ne peut se faire qu'en occultant les nuisances des produits consommés. Quand la publicité vante les bienfaits d'un grille-pain, elle oublie de préciser qu'il s'agit du terminal d'un système industriel. Celui-ci nécessite entre autres du travail pénible, des transports sur longue distance, des lignes haute-tension, des centrales nucléaires, des déchets nucléaires, etc. « La distance entre l'effet et la cause explique l'effet hypnotique de la technologie sur tant d'esprits. L'attrait de la civilisation technologique se fonde assez souvent sur cette illusion d'optique »[2].<br /> Mais l'apologie des gadgets ne poursuit pas seulement des buts économiques : elle peut également servir les intérêts de l'État. Un seul exemple, celui des nouvelles technologies de contrôle social comme la biométrie ou la vidéosurveillance "intelligente". En 2004, le GIXEL, un groupe de pression qui rassemble une cinquantaine d'industries de l'électronique dont le CEA-Léti, EADS, Thales, 3M, adressa au gouvernement français un rapport intitulé Le livre bleu. Voici un extrait du sous-chapitre "acceptation de la population" :<br /> « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles.<br /> Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d'un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l'apport de fonctionnalité attrayantes :<br /> - Éducation dès l'école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l'école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s'identifieront pour aller chercher les enfants.<br /> - Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo.<br /> - Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l'accès Internet, ...<br /> La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l'apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée. »[3]<br /> *******Post scriptum<br /> Définition de Publicité.Tu appelleras liberté de réaliser ton désir la soumission à ceux qui te l'ont inspiré.<br /> François Brune, Médiatiquement correct, Parangon, 2004<br /> ******<br /> A bientôt pour le prochain lieu commun...<br /> Les renseignements généreuxhttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> *****NOTES<br /> [1] François Brune, De l'idéologie aujourd'hui, Parangon, 2004. La rhétorique du progrès est l'un des moteurs de la publicité car elle provoque la désillusion nécessaire au renouvellement du désir d'achat. Ces mécanismes sont détaillés dans la brochure À la conquête de notre imaginaire (Les renseignements généreux).<br /> [2] Des ruines du développement, Wolfgang Sachs, Gustavo Esteva, Le Serpent à plumes, 2003<br /> [3] Extraits du livre bleu, juillet 2004. Ce rapport est téléchargeable sur http://www.gixel.fr. Suite à la publication de ce passage, notons que la version du livre bleu disponible sur le site internet du GIXEL a été modifiée, le passage cité ci-dessus ayant notamment été "adouci".
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Argumentoc n°7 : "Vous êtes contre le Progrès, donc contre le développement économique, donc contre l'emploi !"écrit le 25/05/06 à 01:09:30 par Les renseignements généreuxCet article a été accepté par 2 modérateureuses.LES ARGUMENTOCS<br /> *****Mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux se proposent de répondre à quelques "lieux communs de la Croissance et du Progrès technique".<br /> *****LIEU COMMUN N°7*****<br /> « Vous êtes contre le Progrès, donc contre le développement économique, donc contre l'emploi ! »<br /> Variante : « La seule façon de rester compétitif et de résister aux délocalisations massives, c'est l'innovation technique permanente. »<br /> *****PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> La quasi-totalité des élus et des industriels nous servent sans cesse l'équation suivante : recherche technologique = innovation = compétitivité = croissance = emploi.<br /> Dans une société de chômage et de précarité, l'emploi est un "mot-magique" qui permet de justifier tous les injustifiables. Industries nuisibles à l'environnement et la santé ? Qu'importe pourvu qu'on ait l'emploi. Fabrication de machines-à-contrôler (biométrie, videosurveillance, RFID[1]...) et de machines-à-détruire (armes, explosifs...) ? Qu'importe pourvu qu'on ait l'emploi. Destruction physique et morale des "ressources humaines" (dépressions, accidents du travail, stress, cancers, etc.) ? Qu'importe pourvu qu'on ait l'emploi. Pillage des biens communs au profit d'intérêts privés (captages d'eau, avantages fiscaux, subventions publiques, etc.) ? Qu'importe pourvu qu'on ait l'emploi.[2]<br /> Nous refusons ce chantage à l'emploi parce qu'il occulte les questions fondamentales : quels emplois ? Pour produire quoi ? Au profit de qui ? Avec quelles conséquences ? Pour quelle utilité sociale ? Qui doit décider de l'organisation du travail et de ses conditions ? Que doit-on produire, quels sont les besoins qui doivent être comblés ? Selon quels critères ? Peut-il y avoir d'autres motivations pour un travailleur que la hiérarchie des salaires et des pouvoirs ? Quelle société pouvons-nous et voulons-nous construire ?<br /> Nous refusons ce chantage à l'emploi parce qu'il est mensonger. Depuis trente ans, la croissance et l'innovation nous sont présentées comme la condition sine qua non du plein emploi.[3] Depuis trente ans, le chômage n'a fait qu'augmenter. Comme le dit l'association Berlinoise des Chômeurs Heureux : « Si le chômage existe, c'est précisément parce que le but du travail est de gagner de l'argent, non d'être utile socialement. »[4]<br /> Nous refusons enfin ce chantage à l'emploi parce que nous refusons d'être de simples rouages de la machine économique, accomplissant des tâches toujours plus spécialisées et répétitives, dans un cadre de plus en plus hiérarchisé et stressant, avec des relations de travail faites d'individualisme, de compétition, d'hypocrisie et d'arrivisme. Nous refusons d'enrichir des industriels en détruisant notre santé et notre environnement. Nous refusons cette course à l'emploi sans réflexion sur les conséquences de ce que nous produisons. Nos vies et l'avenir de nos enfants sont plus importants que nos emplois. <br /> ****** Post scriptum n°1<br /> " Le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'années. Il n'a certes jamais été autre chose qu'une marchandise pour le capital. Mais ce qui a changé au stade actuel du "progrès" technologique, c'est que l'accumulation d'argent exige moins d'humains à exploiter qu'avant. Il faut se mettre dans la tête que le capitalisme ne peut plus créer assez d'emplois pour tous. Et reconnaître qu'en plus, ceux qu'il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux." <br /> Extrait de l'Appel de Raspail, Comité Pour la Désindustrialisation du Monde, mars 2006, disponible sur www.les-renseignements-généreux.org<br /> ****** Post scriptum n°2<br /> " Hé ! Le saviez-vous ? Le travailleur français est possédé par un des taux de productivité horaire les plus élevés au monde (3ème position d'après l'OCDE). Et, pure coïncidence, il détient aussi le record planétaire de la consommation d'antidépresseurs, anxiolytiques et autres somnifères (1 Français sur 4, 150 millions de boîtes vendues par an).<br /> Mais quand, malgré l'escamotage du CPE, des milliers de jeunes gens ont continué à se promener dans le soleil des rues, on s'est dit que tout n'était pas perdu. Beaucoup sont conscients que si leurs parents ne les ont pas rejoints de façon décisive dans la révolte, c'est parce qu'ils sont prisonniers du travail, du corporatisme syndical et du crédit de la bagnole. Plus d'un adulte le reconnaît : « Les jeunes ont fait reculer le gouvernement grâce à leur insouciance. » Cette insouciance, en prenant le dessus sur l'angoisse d'être immergé dans un monde cynique et brutal, permet d'envisager autre chose. Les assemblées souveraines et la réappropriation collective du temps et de l'espace public en donnent un avant-goût.<br /> En ce printemps parti dans tous les sens, il est bon de répéter haut et fort : « ni CPE, ni CNE », mais, tout bien réfléchi, pas de CDI non plus. Le travail tue la vie, nique l'amour, interrompt les rêves, assassine l'enfance, perd ton temps, corsète les désirs, bousille la planète, appauvrit l'activité sociale, prostitue ton esprit, musèle l'imagination... Vivre n'est ni un privilège, ni un droit mais une expérience à tenter, une liberté à prendre. Pas grand chose à voir avec le renoncement quotidien qui mène au chagrin."<br /> Extrait de l'édito du mensuel CQFD, avril 2006, www.cequilfautdetruire.org<br /> ******<br /> A bientôt pour le prochain lieu commun...<br /> Les renseignements généreuxhttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> *****NOTES<br /> [1] Radio Frequency Identification Devices. Ces systèmes permettent à des puces de communiquer à distance les informations qu'elles contiennent. Remplaçant les codes barres dans la grande distribution, les RFID seront bientôt introduits dans tous les biens de consommation pour recueillir et stocker des millions de données (date d'achat, trajet parcouru, temps de parcours, etc.). (cf. texte RFID, la police totale, disponible sur www.piecesetmaindoeuvre.com)<br /> [2] cf. Grenoble, high tech, le chantage à l'emploi, texte disponible sur www.piecesetmaindoeuvre.com)<br /> [3] Un exemple parmi d'autres : le 26 janvier 1978, le président français Valéry Giscard d'Estaing déclarait dans le journal Le Monde : « Mon objectif est que nous retrouvions un taux de croissance supérieur à celui de ces quatre dernières années, ne serait-ce que pour résoudre le problème de l'emploi. »<br /> [4] Manifeste des chômeurs heureux, texte disponible sur http://www.diegluecklichenarbeitslosen.de
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LES ARGUMENTOCS<br /> *****Mini-feuilleton du printemps*****<br /> Les renseignements généreux se proposent de répondre à quelques lieux communs de la Croissance et du Progrès technique.<br />  <br /> *****LIEU COMMUN N°6*****<br /> « Vous critiquez la techno-science, mais vous utilisez des ordinateurs et internet. »<br />  <br /> *****PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> Dénoncer les conséquences de la course au high tech tout en utilisant un ordinateur, quelle contradiction ! N'est-ce pas aussi incohérent qu'un-e militant-e alter-mondialiste qui manifesterait contre l'impérialisme des États-Unis, une canette de Coca à la main ?<br /> Le mode de vie occidental est une impasse écologique, sociale et économique[1]. Partant de ce constat, un minimum de cohérence consiste à tenter de nuire le moins possible dans sa vie quotidienne : utiliser le moins possible sa voiture (ou ne pas en avoir), prendre les transports en commun, manger des fruits et des légumes de saison produits localement, cultiver un potager, bouder les grandes surfaces, refuser au maximum les technologies polluantes (le téléphone portable, la télévision...), moins consommer, etc.<br /> Ces démarches de "décroissance" ou de "simplicité volontaire" rassemblent des personnes soucieuses de diminuer leur empreinte écologique[2]. Certaines vont même plus loin. Elles fuient la ville et s'installent en campagne, espérant trouver un air plus pur, des légumes moins chargés de pesticides, auto-produire leur énergie et leur alimentation, etc.<br /> Cependant, tant qu'elle reste minoritaire, cette perspective nous semble limitée. Comme tout projet de société ou toute lutte politique, la décroissance reste insuffisante si nous ne sommes pas plus nombreux/ses.<br /> Se replier à quelques-un-e-s au fin fond de la campagne n'empêchera pas le développement des biotechnologies ou le passage d'un nuage de Tchernobyl. Quelques obstiné-e-s du vélo ne sonneront pas la fin des 5 000 morts sur les routes chaque année. Construire une poignée d'éoliennes ne fera pas disparaître les déchets des centrales nucléaires. Et les havres de "décroissance rurale" seront tôt ou tard rattrapés par l'extension ou les effets de la croissance urbaine... <br /> L'enjeu dépasse de loin l'éthique de quelques individus. Elle relève de l'organisation de la société dans son ensemble. Nous sommes désormais tous concernés par la "technification" du monde et ses effets.<br /> Comment être plus nombreux/ses sans exprimer publiquement nos analyses, nos enquêtes, nos propositions ? Comment le faire sans utiliser ces outils de communication incontournables que sont devenus internet et les ordinateurs ? Y renoncer reviendrait à nous couper de la société dans laquelle nous vivons. L'enjeu politique nous semble plus important que les nuisances écologiques et sociales de l'informatique.[3]<br /> *****AUTRE PROPOSITION DE RÉPONSE*****<br /> A un postulant pour un travail de manutentionnaire, la responsable d'une agence d'intérim répond : « Vous n'avez pas de portable ? Mais ça va pas être possible ! »[4]<br /> Cette petite anecdote illustre combien, dans notre société hautement technifiée, refuser certaines technologies entraîne des mécanismes d'exclusion sociale.<br /> Prenons un autre exemple, celui de la voiture. On peut certes refuser d'avoir une voiture et adapter sa vie en conséquence. Mais il est quasiment impossible de ne jamais l'utiliser, au risque de se couper totalement du monde dans lequel on vit (famille, amis, travail, etc.), tant la société actuelle, de par son mode de vie et ses infrastructures, est construite autour de l'automobile.[5]<br /> Dernier exemple, celui de l'eau potable. Actuellement, un-e citadin-e est dépendant-e de l'eau du robinet. Il/elle ne peut s'abreuver à une rivière sans risquer de s'intoxiquer tant les eaux sont chargées en pesticides et métaux lourds. Il/elle est dépendant des systèmes techniques de dépollution de l'eau.<br /> Pour toutes ces raisons, les démarches individuelles de décroissance, bien qu'indispensables, atteignent des limites sociales et structurelles, qui, pour être dépassées, nécessitent une transformation de l'ensemble de la société.<br /> ******<br /> A bientôt pour le prochain lieu commun...<br /> Les renseignements généreuxhttp://www.les-renseignements-genereux.org<br /> *****NOTES<br /> [1] Quelques exemples. Impasse écologique : 6 milliards d’humains produisant et consommant autant que l’américain ou l’européen moyen signifierait l'épuisement des ressources naturelles. Impasse sociale : l'industrie occidentale repose sur l'exploitation sauvage des pays du Sud. Impasse économique : alors que les profits capitalistes n'ont jamais été aussi élevés, les inégalités ne font qu'augmenter, au Nord comme au Sud.<br /> [2] L’empreinte écologique d'un individu désigne la surface en hectares et les ressources nécessaires pour maintenir un niveau de vie constant et assurer l'élimination des déchets produits par cet individu. La moyenne mondiale de l'empreinte écologique est estimée à 2,5 hectares par personne. Un Européen aurait besoin de 5 hectares pour maintenir son niveau de vie, un Américain du Nord 10 hectares. Attention, ces chiffres sont approximatifs. (cf. http://fr.wikipedia.org/)<br /> [3] Sans illusion sur les "bienfaits" de l'informatique. Internet rend les échanges humains de plus en plus déshumanisés, les ordinateurs contiennent des plastiques toxiques, de l'arsenic, des métaux lourds polluants tels que le cadmium, le mercure, le brome, le plomb, le chrome, le palladium, etc. Chaque Français produirait en moyenne 14 kg de déchets d'équipements électriques et électroniques par an. Actuellement ces déchets sont essentiellement enfouis en décharge ou incinérés sans traitement préalable. Chaque année, des dizaines de millions d'ordinateurs usagés sont envoyés en Chine, au Nigéria ou en Inde pour être "recyclés" dans des conditions moyen-âgeuses, ou directement enfouis en décharge (cf. http://www.ban.org). Faible consolation : utiliser des ordinateurs d'occasion équipés de logiciels libres tels que Linux.<br /> [4] Extrait de la brochure Le téléphone portable, gadget de destruction massive, disponible sur http://www.piecesetmaindoeuvre.com<br /> [5] cf. L'idéologie sociale de la bagnole, texte disponible sur http://www.les-renseignements-genereux.org
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