23/06/06 TELEMEDECINE / DMP : centralisation des fichiers

Publié le par Cilou

"Médecin traitant". C'était le point de départ. Les mots de lancement.

Au début facultative, mais impliquant de moins forts remboursements des consultations en cas de refus, la "déclaration de choix du médecin traitant" est devenue obligatoire, les consultations n'étant plus du tout remboursées sans avoir rempli le formulaire de ladite déclaration.

Il a suffit que le gouvernement baisse drastiquement les subventions à la Sécurité Sociale pour qu'il parle de "trou de la Sécu" et utilise ensuite ce prétexte fallacieux pour justifier la "réforme" de l'assurance maladie (réforme qui en réalité n'est rien d'autre que la privatisation graduelle). Cette réforme passe par le choix d'un-e médecin-e traitant-e et le DMP (Dossier Médical Personnel).

Il s'agît de son dossier médical que l'on retrouve informatisé, centralisé, accessible sur Internet, avec tous les dangers que cela peut représenter pour la confidentialité. On ne peut donc plus maintenant parler de Dossier Médical Personnel mais de Dossier Médical Partagé. Partagé avec le personnel de santé, partagé avec l'hébergement du fichier centralisé, partagé avec le FAI, partagé avec le gouvernement et les instances judiciaires, partagé avec les hackers de passage, partagé avec les entreprise commerciales...

Mais le DMP n'est qu'une étape vers la centralisation informatique globale (centralisation des informations biométriques d'identité, centralisation des casiers judiciaires, centralisation du recencement de la population, etc... et... centralisation de la médecine). C'est ainsi qu'apparaît bonne pomme ce qu'on appelle désormais la télémédecine.

La télémédecine consiste aux consultations (médicales ?) par Internet.

Il va de soi que de telles initiatives sont un véritable désastre sur le plan sanitaire ainsi que sur le plan social et des libertés individuelles.

Sur le site de la société de télémédecine lyonnaise TMT, on trouve un langage fort peu médical : 

"Par un accord conclu ce 27 février, la société lyonnaise TMT Télémédecine devient une S.A. avec l’entrée dans son capital de Visonic, fabricant et développeur international de systèmes de sécurité électroniques et de systèmes de gestion à domicile. Le partenariat représente un investissement de 711.366 $ pour la société israélienne, soit 12.15% du capital de la nouvelle S.A. « Visonic TMT Télémédecine ».

Les conséquences de cette alliance stratégique se sont immédiatement répercutées en bourse."

 

 

Eh bien ! On est sûr-e d'être bien soigné-e avec des gens comme ça ! On voit que ce qui importe à la télémédecine, c'est bien la santé des gens !

Il est évident que la télémédecine est une supercherie, car il existe des gestes médicaux précis à effectuer, des gestes qui ne s'apprennent qu'au cours d'une formation spécifiquement médicale (et non commerciale). Oh, on nous parle bien de téléformation (bien qu'on ne sache rien de ce qu'elle contient, le sérieux de l'enseignement, les compétences médicales des enseignant-es) mais si l'on peut apprendre les gestes à distance, on ne peut pas apprendre à discerner une glande anormalement enflée d'une glande normale, on ne peut pas s'assurer de la bonne position des doigts sur la zone palpée, on ne peut pas garantir la négligeance d'un symptôme minime par la/le malade. Or ces imprécisions hasardeuses peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les malades.  De plus un-e médecin-e peut détecter lors d'une consultation réelle des symptômes non perçus par la/le malade et dont elle/il ne soupçonnait pas l'existence. Ces symptômes sont décisifs sur le type de traitement à suivre.

Pour justifier l'initiative de la télémédecine, on nous avance le prétexte de la "désertification médicale". Cette désertification est fictive, et si en tout état de cause elle ne l'était pas, ce ne serait pas par ce type d'initiatives qu'on la combattrait.

Nos téléinterlocutrices/eurs (dont on ne sait rien du niveau de compétence médicale), feront un travail à la chaîne. Au lieu de mettre 20 à 30 minutes pour nous osculter comme le font n'importe quel-le médecin-e, elles/ils mettront 3 ou 4 minutes et devront passer à la/au client patient-e suivant-e. Et ainsi de suite, pour faire une performance économique et accroître les profit de leur entreprise. Et vous verrez, la rapidité sera mise en avant comme un atout majeur de la télémédecine. On nous dira que c'est plus rapide, moins loin, ... On trouvera même le moyen de nous faire croire que ce sera moins coûteux (et ce sera vrai : pas pour nous, mais pour l'entreprise de télémédecine !), on va nous dire que ça permettra de sauver la sécu, que c'est un acte solidaire et citoyen (alors que c'est exactement l'inverse) et des tas d'autres conneries.

La télémédecine aura aussi pour effet de détruire le lien social (au lieu de s'adresser à une personne, on s'adressera à une personne par machine interposée -la perte en relations humaine sera énorme-), de déshumaniser la relation médecin-e/malade (certaines personnes n'auront même jamais l'occasion de voir un-e vrai-e médecin-e), de détruire la profession médicale (si les gens croient ce que les avantages que la télémédecine prétend avoir, les cabinets médicaux seront désertés et un nombre important de médecin-es se verront obligé-es de mettre la clé sous la porte).

En outre, la télémédecine utilise des nanotechnologies et compte aussi s'appliquer aux urgences médicales.

Imaginons une situation où l'on pourrait faire appel à la télémédecine :

Vous êtes en vélo et une voiture vous percute violemment. Vous vous relevez, la tête ensanglantée pour avoir accès à une borne Internet (ou à votre ordinateur si vous êtes proche de chez vous). Vous vous rendez sur un site de téléurgences médicales. Vous expliquez votre situation et l'on vous répond (dans le meilleur des cas, si vous avez affaire à des personnes médicalement compétentes "Pour commencer, surtout restez allongé-e sur la chaussée, ne vous levez pas. Vous risqueriez des conséquences lourdes comme un traumatisme crânien, une hémorragie cérébrale, voire une ouverture de la boîte crânienne"... Vous risquez d'être atteint-e de cécité, de tomber dans le coma, voire de mourir une ou plusieurs heures plus tard à cause du principe débile de téléurgences !

On ne joue pas avec la santé. La télémédecine est une initiative dangereuse médicalement, socialement et humainement.

Cilou.

 

 

Publicité

Publié dans Santé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article