28/07/06 Ce n'est pas Israël qui veut entrer au Liban, c'est le hezbollah qui veut l'y contraindre

Publié le par Cilou


En Israël, le débat est ouvert sur la question d'une offensive terrestre de Tsahal au Liban
Contrairement à ce qui s'était passé en 1982, ce n'est pas Israël qui veut entrer au Liban, c'est le Hezbollah qui veut l'y contraindre
Par Pascale Zonszain 


Le 20 juillet, à 14h. Shimon Perez déclare : Si nous arrivons à la conclusion qu'une opération terrestre est nécessaire, nous le ferons".
Notre collaboratrice, Pascale Zonszain, répond ici aux questions essentielles qui sont prioritairement soulevées : Les objectifs fixés peuvent-ils être atteints sans rentrer au Liban ? Qu'est-ce qui a changé depuis 1982 ? Quel seuil rendra inévitable une offensive terrestre ?

 
   Les huit premiers jours de l'opération israélienne au Liban ont été principalement le domaine de l'aviation. Les frappes intensives des chasseurs bombardiers et des hélicoptères israéliens ont infligé des pertes incontestables au Hezbollah, tant en effectifs qu'en matériels. On constate pourtant qu'en dépit des destructions d'arsenaux et de rampes de lancement de missiles, les milices chiites parviennent toujours à tirer leurs roquettes contre les villes du nord d'Israël depuis la frontière jusqu'à plus de cinquante kilomètres à l'intérieur du pays, à raison de plus de cent tirs quotidiens. Parallèlement, les dégâts opérés au sein de la population libanaise dont au moins 70 civils ont encore été tuées hier soulève de très lourdes questions. Une situation qui, inévitablement, amène à s'interroger sur la nécessité d'une offensive terrestre et, avec elle, sur la poursuite du soutien de l'opinion israélienne à la campagne militaire quand on sait que, pour une bonne part de la population israélienne, le traumatisme de la guerre du Liban est toujours vivace.

Les objectifs fixés peuvent-ils être atteints sans rentrer au Liban ?

 
   Retrouver les otages
Dans les heures qui ont suivi l'attaque du Hezbollah contre une patrouille de Tsahal et l'enlèvement des deux soldats, Eldad Reguev et Ehud Goldwasser, des unités d'infanterie avaient pénétré à l'intérieur les lignes libanaises. C'est d'ailleurs au cours de cette poursuite des ravisseurs qu'un tank israélien a sauté sur une mine causant la mort de cinq soldats - l'équipage du char et un des secouristes. Mais très vite, c'est l'aviation qui est entrée en action, d'abord pour tenter de couper la route aux miliciens chiites avec leurs prisonniers, avant de se concentrer sur les gigantesques arsenaux du Hezbollah et leurs tirs de barrages contre les villes israéliennes. L'armée d'Israël, dont on sait qu'une de ses règles fondamentales est de ne jamais abandonner ses soldats en terrain ennemi, n'a pourtant pas cessé ses tentatives de retrouver les deux captifs. C'est pour cette raison que des commandos ont rapidement infiltré le Liban pour retrouver leur trace. Vendredi 14 juillet, une unité d'élite de la marine israélienne avait même débarqué sur la côte libanaise à la recherche des soldats enlevés. L'opération avait été annulée et le commando rappelé après qu'une corvette de Tsahal a été touchée par un tir de missile au large de Beyrouth. Plus le temps passe et plus il semble clair que la récupération des deux otages ne pourra être obtenue par une action militaire, qu'elle soit aérienne ou terrestre, mais dans le cadre d'un cessez-le-feu, qu'Israël exige inconditionnel de la part du Hezbollah. 


   Rendre inopérante la puissance de feu du Hezbollah
L'aviation de Tsahal a effectué plus de mille cinq cents raids sur le territoire libanais depuis le 11 juillet. On sait que des dizaines de lanceurs ont été bombardés, des arsenaux de missiles détruits et que les principaux centres de commandement du Hezbollah ont été rasés. On sait aussi que la chasse israélienne est encore loin d'avoir fait usage de tout son potentiel. Mais en huit jours d'opérations, force est de constater que ces raids n'ont pas encore entamé la capacité d'action des milices chiites, qui parviennent toujours à bombarder le nord d'Israël comme si les attaques des appareils de Tsahal n'avaient aucun effet.
Israël veut repousser la menace du Hezbollah au-delà du Litani, à vingt kilomètres au moins au nord de la frontière pour protéger ses localités du nord, comme dans la Bande de Gaza, la campagne en cours vise à repousser les tirs de Qassam du Hamas hors de portée des localités de l'ouest du Néguev. Or cette opération, face aux groupes extrémistes palestiniens qui avait commencé par la seule action de l'aviation, a dû se doubler d'interventions de l'infanterie, seul moyen d'atteindre le cœur de l'infrastructure terroriste.

Qu'est-ce qui a changé depuis 1982 ?

   
   Le Hezbollah, qui a eu de longues années pour s'y préparer, attend que Tsahal envoie ses troupes à l'intérieur du Liban afin d'ouvrir la voie à un retour de l'armée syrienne   
   

   L'adversaire
Les mobiles qui guident le Hezbollah sont fondamentalement différents - au moins sur le plan tactique - de ceux qui animaient les organisations palestiniennes à la veille de la guerre du Liban. Les milices chiites ne travaillent pas seulement pour leur propre compte, mais aussi aux ordres de la Syrie et de l'Iran qui ont leur intérêt à voir Israël entraîné dans une nouvelle confrontation. C'est pour cela que le Hezbollah, qui a eu de longues années pour s'y préparer, attend que Tsahal envoie ses troupes à l'intérieur du Liban. Il escompte ainsi d'une part ouvrir la voie à un retour de l'armée syrienne au pays des cèdres, et d'autre part contraindre Israël à se replier sans avoir pu le vaincre, sous la pression de son opinion, misant sur l'effet que la mort de jeunes soldats a toujours eu sur le public israélien. Donc, contrairement à ce qui s'était passé en 1982, ce n'est pas Israël qui veut entrer au Liban, c'est le Hezbollah qui veut l'y contraindre. 


   Le champ de bataille
Ce qui a changé aussi depuis la première guerre du Liban, c'est qu'Israël doit aujourd'hui agir simultanément sur deux autres fronts : la Bande de Gaza au sud et la Cisjordanie à l'est. Ce n'est d'ailleurs pas l'effet du hasard si Tsahal a décidé ce mercredi soir (19 juillet) d'imposer un bouclage général sur la Cisjordanie, alors que se multiplient depuis quelques jours les tentatives d'attentats des groupes terroristes palestiniens contre le territoire israélien. 


   Les techniques de combat
Ce que recherchent donc les forces de sécurité israéliennes, c'est autant que possible d'optimiser l'efficacité de leurs opérations en en limitant l'ampleur. Face à des organisations fonctionnant sur des techniques de guérilla, une offensive terrestre de type conventionnel n'est pas la panacée, comme on le voit d'ailleurs avec les troupes américaines en Irak. C'est pourquoi Tsahal met d'abord l'accent sur sa technologie, mais aussi sur ses unités d'élite et de renseignement. Ce sont ces commandos surentraînés et spécialisés qui opèrent depuis huit jours derrière les lignes. Certains ont pour mission de détruire les positions de tirs et les bastions chiites proches de la frontière. C'est une de ces unités qui a été prise mercredi sous le feu du Hezbollah près du moshav Avivim. Mais il y a aussi d'autres groupes beaucoup plus discrets qui opèrent bien plus loin en territoire ennemi et dont la mission est de localiser les repaires, les arsenaux et les cargaisons de missiles et d'en transmettre la position à l'aviation et à l'artillerie. Ces unités fantômes dont personne ne parle mais dont tous les Israéliens connaissent l'existence ; chaque corps d'armée de Tsahal en possède et leur rôle est capital, justement pour réduire le recours à une invasion. 


   Le consensus civil et militaire
Il est aussi important de noter que l'offensive contre le Hezbollah bénéficie d'un soutien intérieur comme Israël n'en avait plus connu depuis les premières guerres de l'histoire de l'État. L'attaque est venue d'un territoire étranger et souverain, l'agression qui a frappé Israël n'a été précédée d'aucune provocation ni d'aucune escalade. Dans ces conditions, la réponse militaire est perçue comme parfaitement légitime, tant par l'opinion que par l'armée. Le consensus est total, à gauche comme à droite, et si les avis divergent sur ce qu'il conviendra de faire quand les canons se seront tus, personne ne remet en question la nécessité d'attaquer pour défendre le pays. Certains pilotes de chasse, vétérans de la guerre du Liban et de l'Intifada qui avaient pu avoir des réticences à frapper dans des territoires sous occupation militaire ou dans une confrontation qu'ils estimaient disproportionnée, sont aujourd'hui unanimes à considérer leur combat comme totalement justifié.

Quel seuil rendra inévitable une offensive terrestre ? 


   Les limites de l'aviation
Si jusqu'à présent et en dépit de la poursuite des tirs du Hezbollah, l'opinion continue de soutenir sans hésitation les opérations en cours au Liban, les responsables politiques et militaires savent que le passage à une entrée massive de troupes d'infanterie dans l'offensive risque de réveiller de mauvais souvenirs. Le bourbier libanais n'est pas si loin et personne n'a oublié qu'en dix-huit ans la guerre puis l'occupation du sud-Liban a fait plus de mille deux cents morts dans les rangs de Tsahal. Convaincre le public de la nécessité de renvoyer des bataillons entiers d'appelés et de réservistes sur un terrain patiemment piégé par les milices chiites nécessitera des arguments de poids.
   Les cibles du Hezbollah Mais il est possible aussi que l'arsenal du Hezbollah se révèle plus imposant que prévu. Il faut aussi envisager le risque d'une nouvelle reprise de l'initiative par les milices chiites qui pourraient contraindre Tsahal à passer à la vitesse supérieure. Cela pourrait se produire dans deux cas. Un missile hezbollahi peut frapper un site stratégique israélien. On pense notamment aux bombardements sur Haïfa, où chaque alerte fait redouter l'explosion d'une roquette sur des réserves d'hydrocarbures ou un dépôt de produits toxiques, nombreux dans le complexe portuaire et industriel du nord d'Israël. Ces sites ont été conçus pour résister à des attaques, mais n'ont pas encore été soumis à l'épreuve du feu et le Hezbollah ne désespère pas de parvenir à tester leur résistance.
L'autre risque est celui d'une attaque particulièrement meurtrière contre une agglomération, qui provoquerait de lourdes pertes en vies humaines. Un scénario qui peut se réaliser à tout instant, sans que les terroristes aient besoin d'utiliser leurs armes les plus puissantes. Les missiles de 220 millimètres de fabrication syrienne qu'ils parviennent à tirer presque tous les jours peuvent avoir des effets dévastateurs.
Enfin reste le scénario catastrophe du missile balistique susceptible d'atteindre l'agglomération de Tel-Aviv. Mais là, paradoxalement, le danger se réduit. Pour atteindre leur objectif, ces missiles de six mètres de long doivent être acheminés au plus près de la frontière et leur transport par camion remorque ne manquerait pas d'attirer l'attention de la surveillance aérienne. De surcroît, Israël dispose d'une parade contre ce type d'armes, qu'il n'a pas contre des roquettes de taille et de portée inférieures.

(Source : http://www.proche-orient.info/xjournal_israel_analyse.php3?id_article=46809 )

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