28/07/06 Message israélien aux Libanais-es
Libanais, Israéliens, nous devons traverser le feu. Ensemble
Par Pascale Zonszain
Israéliens et Libanais entrent dans leur troisième semaine de guerre. Des deux côtés de la frontière, des centaines de milliers de civils ont oublié qu'il n'y a pas si longtemps ils vivaient heureux sur ce volcan qui leur explose maintenant à la figure. Un volcan ou plutôt une sale maladie qui couvait, qui rampait et pourrissait lentement tout le système sur lequel elle se nourrissait jusqu'à son point de maturation et qui s'est enfin déclarée. Cette maladie, à laquelle on donnera le nom que l'on voudra, s'appelle en réalité le Hezbollah.
Au Liban comme en Israël, la même peur
D'un côté les roquettes et les missiles qui tombent par centaines chaque jour sur le nord d'Israël. De l'autre les raids de l'aviation israélienne qui frappent les milices chiites dans les villes et les villages du Liban où elles se sont installées. Tous les jours, toutes les nuits, les explosions, le feu, la dévastation. Les Libanais voient leur pays repartir cinquante ans en arrière, comme l'avait promis le chef d'état-major de Tsahal au premier jour de l'agression des terroristes chiites. Les Israéliens se terrent dans les abris, mais aussi dans les maisons où la mort vient parfois les faucher. Dix fois plus de victimes libanaises qu'israéliennes, mais des victimes. Tous les civils qui ont perdu leur vie avaient le même sang. Tous avaient des familles, des projets et des rêves. Au Liban comme en Israël, ces familles vivent désormais dans la même peur.
Au Liban, ceux qui ont perdu le contact avec leurs proches, qui ont dû fuir sur les routes sans savoir ce qu'ils retrouveront à leur retour, s'ils reviennent. Ceux qui ne savent pas s'ils trouveront encore demain de quoi manger ou boire, ceux qui voient s'effondrer devant eux le travail de toute une existence. Ceux qui ne savent pas s'ils risquent plus leur vie en partant ou en restant. En Israël, ceux qui vivent à portée des tirs du Hezbollah et qui ne peuvent plus sortir à l'air libre sans risquer la mort. Ceux qui veulent quand même continuer, être plus forts que le sort et qui sont déchiquetés par une roquette à quelques mètres de chez eux ou sur leur lieu de travail. Ceux dont l'univers familier s'est transformé en champ de mines. Et puis, tous les autres, ceux qui sont trop loin pour entendre les sirènes et les katyushas, mais qui restent accrochés à leur radio ou à leur téléphone en attendant des nouvelles de ceux qui sont là-haut, à Haïfa, à Naharyia ou qui se battent sur le front. Des centaines de jeunes appelés de 18 ou 20 ans, avec leur tête de gosse, qui se sont portés volontaires pour repousser les terroristes et qui découvrent en un instant un enfer auquel rien n'a pu les préparer.
Des salauds qui ont transformé un pays entier en arsenal, en base d'attaque mais aussi en cible
Et pourtant cet enfer-là a bien été préparé de longue date par ceux qui, d'un seul coup, ont refermé leur piège sur le Liban et sur Israël. Des salauds qui ont transformé un pays entier en arsenal, en base d'attaque mais aussi en cible. Quel esprit perverti peut concevoir une telle ignominie au mépris absolu de la vie humaine ? Au nom de quelle idéologie, de quelle prétendue valeur suprême ? Car il faut bien comprendre que ce cauchemar est aujourd'hui commun aux Israéliens et aux Libanais. C'est la même peur que partagent les deux peuples, une peur dont le Hezbollah distille le poison, tirant sur les uns, appelant le feu sur les autres.
Or, cette peur ne doit pas dresser ceux qui la subissent les uns sur les autres. Libanais et Israéliens sont aujourd'hui engagés dans le même combat, celui qui doit faire crever une fois pour toutes l'abcès maléfique du Hezbollah. Ils n'ont pas le choix. Les Israéliens doivent attaquer, encore ; les Libanais doivent souffrir, encore. Oui, c'est monstrueux, c'est horrible, mais c'est horrible d'être vrai. Renoncer sans avoir fait rendre les armes aux milices chiites et les avoir ramenées à la taille d'un épouvantail inoffensif serait pire que de n'avoir rien fait. Le Liban ne recouvrerait plus jamais sa liberté, ni Israël sa sécurité. Et la peur continuera de régner et de se propager partout.
Libanais, Israéliens, aujourd'hui cette guerre est la nôtre. Pas l'un contre l'autre, mais ensemble.
Nous ne devons pas nous laisser ronger par nos peurs, par la terreur du Hezbollah et de ceux qui le manoeuvrent. Vous n'avez pas d'armes, mais vous avez votre courage, votre histoire, votre génie propre. Ne vous laissez pas détruire par des fanatiques qui se servent de vous. Nous avons des avions, des tanks et des bombes parce que nous ne laisserons plus jamais personne tenter de nous détruire. Mais nous avons surtout notre conviction que nous avons renoué avec notre histoire, ici sur cette terre, dont plus personne jamais ne nous délogera. Nous voulons plus que tout vivre en paix. Vous aussi. Nous avons un avenir commun. Pour lui nous devons vaincre nos peurs, et surtout les terroristes qui nous étranglent. Nous devons traverser le feu. Ensemble.
(Source : http://www.proche-orient.info/xjournal_israel_analyse.php3?id_article=46841 )