10/08/06 Coeur : les femmes sur le carreau
Coeur : les femmes sur le carreau
A.Lecrubier
L’enquête « Euro Heart Survey » lancée à l’initiative de la Société européenne de cardiologie révèle que les femmes sont moins bien loties que les hommes en matière de détection et de traitement des maladies cardio-vasculaires. Or, contrairement aux idées reçues, les maladies cardio-vasculaires ne sont pas l'apanage des hommes.
Parmi les décès d’origine cardiovasculaire, on retrouve 55 % de femmes et 43 % d’hommes. Les maladies cardiovasculaires tuent, dans les deux sexes, plus que le cancer.
L’ enquête « Euro Heart Survey of Stable Angina » a été élaborée pour analyser, en fonction du sexe, les examens et les thérapeutiques prescrits chez des patient(e)s qui consultent pour angor stable ou douleur thoracique de repos ou d’effort. L’enquête a porté sur 3779 patients et patientes provenant de 32 pays. Force est de constater que, même après ajustement, les femmes ont 20 % de chances en moins de se voir proposer un test d’effort que les hommes. Elles ont aussi 40 % de chance en moins de bénéficier d’une angiographie. Or, les deux examens permettent de confirmer la maladie et déterminer le type de traitement nécessaire. Enfin, pour les femmes dont le diagnostic a été posé, elles sont moins nombreuses que leurs homologues masculins à recevoir des traitements adéquats. Les femmes reçoivent de l’aspirine et des hypocholestérolémiants dans 73 % et 47 % des cas contre réciproquement 84 % et 53 % des cas chez les hommes. Plus inquiétant encore : après un an de suivi médical, les femmes souffrant d’une angine de poitrine et atteintes de difficultés vasculaires ont deux fois plus de risques de mourir ou d’être victimes d’une crise cardiaque que les hommes présentant les mêmes symptômes. Parallèlement, dans l’Euro Heart Survey of Acute Coronary Syndromes II, chez les femmes ayant une insuffisance coronaire aigüe attestée par angiographie, le traitement à douze mois est beaucoup moins agressif que chez les hommes. Une reperfusion a été réalisée chez 64 % des hommes et chez seulement 51 % des femmes. Une bonne nouvelle cependant, une étude similaire réalisée en 2000 a permis de constater que la différence de prise en charge selon le sexe diminuait au fil des ans.
Pourquoi un tel déséquilibre ?
Mise à part l’idée reçue selon laquelle les maladies cardiovasculaires touchent plus les hommes, le fait qu’elles apparaissent plus tardivement chez les femmes, contribue probablement à creuser l’inégalité diagnostique et thérapeutique entre les hommes et les femmes.
Par ailleurs, à l’inverse de toute logique, les femmes sont sous-représentées dans les études concernant les pathologies cardiovasculaires. Dans les essais cliniques publiés entre 1986 et 2003, elles ne représentent que 19 à 31 % des sujets inclus alors qu’elles comptent pour plus de 50 % de la population générale. En conséquence, les études réalisées sur les maladies cardiovasculaires sont biaisées par leur orientation masculine. Or, en pratique, les symptômes cardiovasculaires chez les femmes ne suivent pas le même schéma que chez les hommes, et le schéma typique masculin est celui auquel les médecins sont habitués de par leur formation. Lors d’accidents cardiovasculaires, les femmes peuvent présenter plus de symptômes atypiques que les hommes : douleur dans le bas du dos, brûlure dans la poitrine, nausée, fatigue..., rendant le diagnostic plus difficile. Reste donc à définir clairement les profils propres aux femmes et à les faire connaître. (A.Lecrubier, www.medspe.com)
« Women at heart »
La société européenne de cardiologie a lancé en mars 2005, avec l’aide des laboratoires Bristol Myers Squibb, le projet "Women at Heart". Le but du programme est de mettre en évidence auprès des professionnels de santé et du grand public l’impact croissant et la sous-évaluation des maladies cardiovasculaires chez les femmes mais également de favoriser une meilleure prise en charge. A.L.
(Source : http://www.medspe.com/site/templates/template.php?identifiant_article=2941&surlignage=1 )