05/09/06 Bolivie : futures batailles
Majorité absolue -et non deux tiers- pour approuver les articles de la nouvelle Constitution et convention plénipotentiaire c’est-à-dire non assujettie à la légalité en vigueur. Le Mouvement au Socialisme (MAS) a décidé hier de jouer le tout pour le tout pour obtenir ces deux objectifs, ayant recours, comme dans d’autres opportunités, à la bataille dans les institutions et dans les rues.
Hier, les constituants du MAS de toutes les régions de Bolivie ont serré les rangs pour la grande bataille : ils ont déplacé les négociateurs les plus modérés, ont continué à négocier avec les petits partis et ont commencé à huiler les puissantes machines syndicales que compte le parti au gouvernement. Avec ces armes, ils essaieront aujourd’hui de forcer le vote lors de la réunion plénière qui continue d’être ajournée. Des sources consultées par Página/12 ont dit depuis Sucre que "la stratégie est de ne pas accepter, en aucun cas, la logique des deux tiers qui donne une capacité de veto aux minorités de droite". Pour le vote, le MAS et ses alliés obtiendraient plus de 60 pour cent des voix et avec cela chercheront à imposer leur critère. "Et si la droite de Podemos veut partir qu’elle parte, en tout cas cette décision ne va pas être unanime, plusieurs vont rester", peut-on entendre du côté del’ "aile radicale" du MAS. Cette bataille relance les tensions régionales : les comités civiques des autonomistes départements de Santa Cruz et de Tarija menacent de se mobiliser aussi mais avec des objectifs exactement opposés : ils défendent les deux tiers et ne veulent pas -ou plutôt ils craignent- une assemblée constituante avec les pleins pouvoirs.
Dans ce climat de croissante tension et d’incertitude, certains sentent déjà l’écho des explosions de dynamites qui, en juin 2005, ont empêché dans cette même ville que le chef du Sénat de l’époque, Hormando Vaca Diez, ne succède au président démissionnaire Carlos Mesa et revête la bande rouge, jaune et verte. Hier, il y avait des dizaines de manifestants. Mais ils peuvent être plus dans les prochains jours.
Hier a continué la grève enseignante de 48 heures qui demande la démission du ministre de l’Education, Félix Patzi, et les blocages à San Jose de Pocitos (frontière argentine) contre les restrictions au commerce de la douane argentine, et d’autres foyers de moindre impact. Et un arrêt de travail civique a été réalisé à Chuquisaca en demande d’infrastructure pour la région. Mais la crise d’YPFB n’a pas fait la une des journaux et le ministre de Planification, Carlos Villegas, a dit qu’était enfin prêt le modèle de contrat et les résultats préliminaires des audits qui serviront de base à la négociation avec les entreprises pétrolières étrangères qui opèrent dans le pays", et il a garanti -non exempt d’optimisme- que le premier novembre les nouveaux contrats seront souscrits par les entreprises transnationales.
La Paz, Pablo Stefanoni, Pagina/12 (Argentine), 31 août 2006. Traduction : Fab, santelmo@no-log.org