05/09/06 Bolivie : un gouvernement militaro-populaire ?

Publié le par Cilou

Bolivie : un gouvernement militaro-populaire ?
Evo séduit les militaires

Depuis le début de son mandat, Morales a appelé les militaires à se joindre à sa révolution indigéniste. Un commando, auparavant dominé par les États-Unis, a joué un rôle clef dans la nationalisation du gaz.

Depuis ses premiers jours au Palais Quemado, Evo Morales s’est dédié avec persévérance à une tâche qui pour beaucoup -obnubulés par son discours indigéniste- est passée inapercue : tisser une alliance militaro-paysanne comme base d’appui de son gouvernement, pensée en elle-même avec une "révolution démocratique et culturelle".

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Il n’est pas difficile de percevoir dans cette invitation réitérée aux militaires la volonté du gouvernement du MAS d’actualiser, dans les conditions du présent, la vieille alliance militaro-populaire qui a constitué la base sociale de tous les régimes nationalistes en Amérique latine. Et la Bolivie n’a pas été une exception : l’histoire commence avec le "socialisme militaire" de la génération de la Guerre du Chaco (1932-1935) -représentée par David Toro et German Bush-, continue avec le nationalisme militaire de Gualberto Villarroel -pendu dans un lampadaire de la place Murillo par une sorte d’Union Démocratique à la bolivienne- et a un fugace tournant au début des années 70 avec l’alliance militaro-ouvrière de Juan Jose Torres, qui s’est exprimé dans l’Assemblée Populaire tronquée de bonne heure par le coup d’État fascistoide de Hugo Banzer Suárez.

Dans le cas d’Evo Morales, ce fut avec la nationalisation des hydrocarbures que sa romance avec les militaires est passée à l’acte. Dans la viceprésidence, un commando militaire a hermétiquement travaillé durant plusieurs jours, avec cartes et ordinateurs, en ajustant les détails de l’entrée dans les champs pétroliers. Et le décret du 1er mai et la mise en scène de la mesure a suivi la matrice de nationalisations antérieures : une occupation militaire des installations pétrolières. Ce fait a marqué un rapprochement institutionnel et personnel entre le nouveau président et les Forces armées. Est entré en scène à ce moment-là le groupe d’élite F-10 -auparavant contrôlé par les États-Unis et aujourd’hui clairement du côté du nouveau gouvernement nationaliste-, qui ensuite protégera Evo Morales, Hugo Chávez et Carlos Lage durant leur visite au Chapare. Et les fruits de ce rapprochement sont mutuels : il a permis au gouvernement de donner un coup de force face à la communauté nationale et internationale ; et aux militaires, de nettoyer leur image de répresseurs du peuple bolivien après les massacres des dernières années, spécialement celui d’octobre 2003, avec un solde de plus de 60 morts.

Le deuxième moment dans cette relation naissante a été le vibrant défilé indigèno-militaire du 6 août, pour inaugurer l’Assemblée Constituante. Le haut commandement a mis en marche ses machines pour coopérer avec le transfert des paysans depuis les régions les plus lointaines du pays, en plus d’un rapide cours de "pas cadencés" pour être conformes à l’évènement historique.

"Nous sommes face à la version actualisée, débordée, des scènes répétées jusqu’à n’en plus pouvoir durant le gouvernement du général Barrientos (1964-1969) et dans les régimes militaires successifs jusqu’à la fin des années 70", dit l’analyste Ivan Arias.

"ce n’est pas comparable. Tandis que le vieux pacte militaro-paysan était leaderé par des militaires populistes, l’actuelle alliance militaro-populaire est son visage inverse : ce sont des indigènes qui sont hégémoniques ; d’un autre côté, le fameux pacte militaro-paysan du général René Barrientos en 1964 a été dans un moment de reflux de la révolution nationale de 1952 et a mis les paysans contre les syndicats de mineurs. Aujourd’hui nous sommes dans un contexte très différent, d’une émergence indigène et populaire, autonome autour d’un nouveau projet de nation", pense, de son côté, le journaliste Walter Chavez.

Cependant, quelques doutes et questions subsistent. Il est en train effectivement de se consolider un courant nationaliste à l’intérieur des Forces Armées ?, Ce courant s’imposera aux traditionnelles tendances conservatrices et pro-étasuniènnes ? Que feront les militaires cruceños face à une aggravation possible de la crise avec Santa Cruz ? Jusqu’à présent, les réponses sont pure spéculation. Pendant ce temps, au milieu de la bataille de plus en plus dure dans l’Assemblée Constituante, le pays assiste à ce qui peut se terminer comme une polarisation à la Vénézuélienne.

La Paz, Pablo Stefanoni, Pagina/12 (Argentine), 4 septembre 2006. Traduction : Fab, santelmo@no-log.org

(Source : http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=9055 )
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Publié dans Bolivie

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